Des employés sans cesse surveillés

Derrière un bureau ou au volant d’un camion, les employés sont nombreux à être suivis par leurs supérieurs dans leurs tâches professionnelles. La performance investit le monde du travail. Récit d’une pression accentuée par les outils numériques.

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Les livreurs de colis sont suivis tout au long de leur livraison par leur employeur. 

Photo : Manon Pellieux

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Lean management

Vient de lean, dégraissé en anglais. Apparu dans les années 1980 dans l’industrie automobile, ce concept correspond à une gestion dégraissée de la production.Cela revient à éviter l’attente et supprimer les gestes inutiles.

Ingénieur en amélioration continue : une profession qui ne parle pas à tout le monde mais qui se développe dans les entreprises. Son but ? Optimiser les tâches professionnelles. En septembre 2019, Yolaine Durand a vu débarquer un de ces ingénieurs dans le laboratoire d’analyse médicale où elle travaille. Armé d’un chronomètre, le trentenaire a calculé le temps moyen qu’elle pouvait passer à traiter un fichier. « Il m’a signalé que je mettais entre une et huit minutes pour remplir un dossier, raconte l’employée. Ensuite, ils ont fait des statistiques avec les logiciels qu’on a. Ils ont regardé combien de dossiers étaient traités tout au long de la journée. » Ainsi, l’ingénieur a établi un bilan de l’activité quotidienne du laboratoire. Constatant une baisse d’activité à 10 heures, il a proposé une réorganisation pour éviter ce battement. Or, ce moment de flottement est l’occasion pour les employés de prendre leur pause matinale. « Si on fait une pause à ce moment-là, c’est justement parce qu’il y a moins d’activité. Mais du point de vue de l’optimisateur, c’est un moment de perdu sur l’avancement de la journée. »

En plus du temps d’exécution des tâches, les minutes accordées aux patients ont été repensées. Les chaises de la salle d’attente apparaissent ainsi comme un obstacle à l’efficacité dans l’accueil des clients, comme l’explique Yolaine Durand. « Il a proposé de les supprimer parce que, si les gens ne s’assoient pas et restent debout, les secrétaires s’occupent de trois-quatre patients en plus, par heure. » La représentante syndicale s’inquiète de la robotisation des missions : « Le danger c’est l’augmentation des risques psychosociaux. Si tu automatises tout, c’est stressant, mais ça, ils ne le regardent pas. Ils ne regardent pas la santé des salariés. »

Les méthodes appliquées à cette entreprise sont celles du lean management. Son application peut aller de l’optimisation du temps et des mouvements jusqu’à la réduction de la masse salariale. Pour Vincent De Gauléjac, sociologue : « La novlangue managériale n’est plus une langue faite pour comprendre ce que vivent les gens au niveau du travail, mais elle est surdéterminée par des prescriptions. Vous avez ces managers qui produisent la prescription qui est de plus en plus éloignée et en décalage avec le travail réel. »

« Le danger c’est l’augmentation des facteurs psychosociaux. Si tu automatises tout, c’est stressant, mais ça, ils ne le regardent pas. Ils ne regardent pas la santé des salariés. »

Yolaine Durand

Kévin Salata a travaillé en tant que livreur pendant trois mois chez un sous-traitant d’Amazon. 

Photo : Manon Pellieux

Des livreurs suivis à la trace

L’optimisation du temps et de l’activité professionnelle est une exigence au coeur du travail des livreurs. Kévin Salata en a fait l’amère expérience. Le jeune homme a travaillé entre novembre 2017 et février 2018 pour une société de livraison sous-traitante d’Amazon. Il effectuait ses livraisons avec un boîtier connecté accroché à la ceinture. L’outil numérique lui servait à flasher les colis et connaître son parcours. Mais pas que, « grâce à ça ils peuvent te géolocaliser toute la journée, savoir le nombre de minutes que tu as mis entre l’arrêt un, l’arrêt deux, l’arrêt trois »,  raconte l’ancien chauffeur. Avec les données récoltées, ses supérieurs hiérarchiques calculaient des pourcentages de livraisons effectuées. Chaque matin, à l’arrivée des chauffeurs, ils effectuaient un bilan de la veille. « Avec des algorithmes, ils calculent le temps que chaque livreur met à faire un parcours donné. » Kévin Salata ajoute : « Si tu livres le maximum, que tu as le moins de retours de colis, c’est ce qu’ils veulent. Peu importe si tu fais 10 heures par jour. » Bien que sa journée de travail se terminait théoriquement à 18 heures, le Toulousain était rarement chez lui avant 21 heures.

 

« C’est abusif. C’est toujours plus. Vu qu’on est en bas de l’échelle, ça se répercute sur nous, les livreurs. On se fait exploiter. J’appelle ça de l’esclavage moderne. »

Kévin Salata

Des journées intenses s’enchaînaient avec des pauses rares et expéditives. Un jour, alors qu’il s’octroyait une pause plus longue qu’à l’accoutumée, le jeune homme a reçu un appel d’une gérante de la plateforme de colis. « Elle m’a dit : « Qu’est-ce que tu fous ? Ça fait tant de temps que tu es à l’arrêt. » »

À la fatigue physique s’ajoute donc une pression psychologique. Avec plus de 200 colis à livrer chaque jour, Kévin Salata prenait des risques sur la route. « On a tellement de pression qu’on n’a pas le temps de respecter les limitations de vitesse », confie-t-il. Et la période des fêtes n’améliore pas la situation. Les colis sont plus nombreux et le chiffre d’affaire qui va avec, pousse Amazon à mettre la pression sur ses sous-traitants. 

colis, en moyenne, à livrer en une journée avant les fêtes

colis, en moyenne, à livrer en une journée avant les fêtes

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Nicolas Saint-Paul travaille chez Colissimo, la branche colis de La Poste. 

Photo : Manon Pellieux

Une pression variable selon les employeurs

Nicolas Saint-Paul, actuellement salarié chez Colissimo, décrit des conditions de travail plus favorables. Il se souvient d’un rythme plus soutenu lorsqu’il était dans une société sous-traitante de La Poste. « On avait un emport [quantité de colis à livrer] minimal plus élevé. Les heures supplémentaires étaient chroniques. Et c’était chronique de ne pas nous les payer. » Aujourd’hui, ses horaires sont fixes et son emport est de 110 colis quotidiens. Un chiffre qui double à l’approche de Noël. « En période de fêtes, c’est 110 colis sur la moitié d’une tournée. Ca peut même monter plus haut », détaille le travailleur.

Comme Kévin Salata, il ne peut pas se séparer de son boîtier. De l’entrepôt à la livraison, Nicolas Saint-Paul flashe les codes-barres. Ainsi, son encadrant peut suivre l’avancée de ses livraisons. « [Il] voit combien de colis on livre à l’heure. » Bien qu’il soit suivi lors de sa tournée, Nicolas Saint-Paul sait qu’il bénéficie de conditions de travail plus acceptables, héritées du caractère public de La Poste. Malgré tout, l’exigence de rendement n’est jamais bien loin. « Il y a la pression des encadrants qui nous demandent de prendre plus de colis en période de rushs. » Quand ses collègues acceptent des emports plus élevés, l’employé de Colissimo s’inquiète de devoir s’aligner sur une cadence plus soutenue.

Pour les employeurs, les outils numériques apparaissent souvent comme un moyen d’optimiser le travail de leurs subordonnés. Pour autant, le suivi mathématique des activités professionnelles ne tient pas compte de l’aspect social et psychologique d’un emploi. Or, le bien-être au travail n’est pas quantifiable.

Juliette Barot et Manon Pellieux

 

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