Zéro carbone, en vélo simone!

Paris-Lyon: 466 kilomètres, 2 heures en TGV, 5 heures en voiture, 1 heure en avion… Et des émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui vont de 1 à 100 kilogrammes. Prenez-vous en compte l’empreinte carbone de vos trajets au même titre que leur durée ou leur coût ? Mappy et Geco air, deux applications de navigation, proposent d’évaluer l’impact environnemental de la mobilité de leurs utilisateurs.

Temps de lecture estimé :  5 minutes

Le vélo, un des moyens de transports les plus écologiques.
Photo : Juliette Barot

« Génial ». C’est ainsi que Jean-Marc Suinquin, utilisateur Geco air, qualifie le concept. Mais il relativise : « Je suis ultra sensible à l’écologie, donc je n’ai pas besoin d’une application comme ça pour me rendre compte de mes actions » avoue celui qui est responsable RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Marie-Hélène Bozzetto, utilisatrice de Mappy, ne voit pas elle ausi cela comme un bouleversement : « J’avais remarqué la fonctionnalité carbone, mais ça ne me changera pas. Je suis déjà sensible à ces questions ».

Geco air

Application développée par IFPen (institut de recherche sur les énergies), sortie en 2017. Grâce à un algorithme de détection basé sur la localisation du smartphone, Geco air propose des conseils personnalisés pour s’améliorer et calcule un score de mobilité quotidien.

Mappy

Service calcul d’itinéraire.  Cette année, un comparateur multimodal a été développé, selon trois critères : la durée, le prix et les émissions de carbone. 

Combien émet une personne sur un trajet Paris-Lyon ?

Des applis efficaces? Peut mieux faire

Une note suffit-elle à faire changer les habitudes des usagers ? Difficile de répondre, pour Laurent Thibault, chargé du projet Geco air. Chez Mappy, on reconnaît que la fonctionnalité de comparaison carbone n’est pas encore très utilisée par les usagers. Ils ne choisissent pas leur mode de transport selon la « note verte » indiquée par la plateforme. « Est-ce que le fait d’avoir mis en ligne cette fonctionnalité fait que des milliards d’utilisateurs se ruent sur Mappy ? Non. »

IFPen

IFP Énergies Nouvelles est un institut de recherche sur les énergies.

Toutefois, Laurent Thibault souligne que les challenges organisés par l’IFPen, en parallèle de l’application Geco air, avaient eux fait leurs preuves. « Pendant deux semaines, 100 entreprises invitaient leurs salariés à polluer le moins possible en venant au travail. On a constaté un changement dans les habitudes des participants, c’est de là que nous est venue l’idée de développer une interface pour les entreprises » poursuit-il.

Les entreprises se mettent au vert

La mise en place de challenges via l’application aura-t-elle un effet sur les mobilités des employés ?

C’est envisageable car les entreprises sont aujourd’hui obligées de déployer des plans de mobilité. Dans ce contexte, elles pourraient suivre les modes de transports utilisés par les travailleurs. L’occasion, selon David Arraou, de l’IFPen, de pousser également les entreprises à mettre en place, par exemple, des garages à vélo selon le nombre de cyclistes.

Jean-Marc Suinquin, dans le cadre de ses missions, s’intéresse à l’utilisation de cette application au sein de son entreprise. « Pour l’instant je suis en train de me battre pour que les gens prennent de moins en moins l’avion et plus de trains » assure-t-il.

Les responsables RSE et employeurs pourraient-ils savoir où se rendent leurs salariés dans l’objectif d’améliorer le bilan carbone ? « Non » répond Laurent Thibault. «Les données personnelles ne sont pas disponibles. L’utilisateur choisit les informations que l’entreprise pourra voir : ses trajets en semaine par exemple. L’entreprise recevra des informations sur la distance parcourue et le mode de transport mais pas les données GPS. »

Captures d’écran de l’empreinte carbone d’un trajet Lyon-Paris sur Mappy

Du scientifique au ludique

Pour parler aux usagers, les deux services ont choisi des notes représentant la performance environnementale des trajets. Trois feuilles vertes pour Mappy, une note de 1 à 100 pour Geco air. Avec la notation : « D’un coup d’oeil, on peut voir l’empreinte carbone » explique Sylvain Lemonnier, de Mappy.

Les modes de calcul ne sont toutefois pas les mêmes : là où Mappy se limite à la mesure des émissions de CO2, Geco air tient également compte d’autres gaz polluants, comme les oxydes d’azote. Toutefois, aucune des deux notes n’intègre le cycle de vie du moyen de transport.

« Les trottinettes électriques n’émettent pas de CO2 quand on les utilise mais les produire, les acheminer et les recharger, ça pollue »

Sylvain Lemonnier

Cyrille Lefrançois, chercheur spécialisé dans la pollution des transports urbains, souligne l’importance d’une approche en cycle de vie. « Il faut tenir compte de la production de la voiture, des batteries, leur recyclage, la production du carburant, la question de l’électricité aussi. »

Capture d’écran de la note écologique de trajets quotidiens avec Geco air

300 kilomètres de voiture : « Bouh c’est pas bien! »

Jean Marc Suinquin, qui habite à 40 kilomètres de son lieu de travail, a choisi le co-voiturage pour réduire son empreinte carbone. Il regrette que Geco air ne puisse pas détecter automatiquement lorsqu’il partage sa voiture. « L’autre jour j’ai fait un trajet blablacar et l’application m’a dit ‘Bouh c’est pas bien, ça fait 300 kilomètres’ ».

Le directeur marketing adjoint de Mappy le reconnaît: « On a onze millions de français qui utilisent Mappy, forcément dans cette population il y en a qui s’intéressent fortement à l’écologie mais qui sont à la campagne. Si on leur dit qu’ils émettent alors qu’ils n’ont pas le choix c’est vraiment triste. »

Quand  les utilisateurs sont obligés de prendre la voiture, la note verte émise par ces applications les culpabiliserait-elles alors inutilement ?  En effet, nul besoin d’une application pour savoir qu’une voiture obtiendrait une plus mauvaise note qu’un vélo sur Geco air ou Mappy.

Juliette Barot et Eva Sannino

 

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