Sportifs de haut niveau  : des données in corpore

Gagner, être le premier, le meilleur… Tous ces mots reviennent en boucle dans la bouche des sportifs. Dans un monde où la performance est à son paroxysme, de nombreux outils numériques évaluent en permanence les athlètes.

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le soleil se lève à peine à Toulouse quand les nageurs du groupe élite des Dauphins du TOEC s’installent en salle de musculation. En ce mardi de novembre, ils rejoignent Etienne Ellin, leur préparateur physique. Ces professionnels sont aujourd’hui indispensables dans les clubs sportifs. Car prétendre au haut niveau implique de scruter la performance dans ses moindres détails.
« Mon but est de travailler les différentes qualités physiques des nageurs en fonction de ce que me demande l’entraîneur. On se met d’accord selon le calendrier et les échéances pour faire évoluer les charges, les intensités » explique Etienne Ellin.
L’objectif est donc d’être au meilleur de sa forme au moment requis. Chaque effort, chaque poids soulevé est ainsi répertorié dans un tableur. Le préparateur physique suit avec précision l’état de forme des nageurs. Et cette récolte de données est poussée jusqu’à la pesée hebdomadaire des jeunes sportifs.

Les nageurs listent leurs moindres efforts dans un tableur.

Photo : Manon Pellieux

« Si on n’était pas évalué, on se reposerait sur nos lauriers »

Aujourd’hui, de nombreux outils numériques comme les boîtiers GPS dans des brassières ou des bonnets fournissent des données, souvent plébiscitées par les sportifs.

Pour Nathan Ngoumou, joueur professionnel au TFC (Toulouse Football Club), ce suivi est primordial pour s’améliorer. « A chaque match, on est filmé. A la fin notre coach vient nous voir et nous fait un bilan : le nombre de passes réussies, le nombre de duels réussis. Donc, oui, on est scruté de partout. » Au centre de formation du TFC depuis ses 5 ans, Nathan Ngoumou a l’habitude de voir ses performances disséquées. « Je trouve ça bien qu’on nous suive. Heureusement d’ailleurs qu’on est suivi parce que ça nous permet de progresser. Si on n’était pas évalué, on se reposerait sur nos lauriers. Être évalué, ça nous permet de pouvoir progresser. »

Le footballeur toulousain n’est pas le seul à apprécier l’apport de ces outils numériques. Dans le bassin des Dauphins du TOEC, Geoffrey Renard explique qu’avoir des données sur les performances permet des comparaisons entre athlètes.

« Je ne regarde pas que mes résultats. Je regarde aussi ceux des champions. On s’inspire des meilleurs pour être meilleur à notre tour. » 

Geoffrey Renard

Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.

Photo : Tara Britton

Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine. piscine. Geoffrey Renard s’entraîne une dizaine de fois par semaine en piscine.Photo : Tara Britton. Geoffrey

Pour Anthony Granja, la performance se joue aussi dans le mental.

Photo : Tara Britton

 « Rien ne viendra remplacer l’œil de l’entraîneur »

Nombre de respirations, temps par longueur, les entraîneurs disposent ainsi d’un ensemble de données pour amener les nageurs au plus haut niveau. Pour Nicolas Castel, entraîneur au TOEC, « le fait d’avoir d’autres outils que le chronomètre permet de s’en détacher pour être plus dans l’observation ». Avec le triton, un boîtier GPS intégré au bonnet, les nageurs peuvent connaître les distances parcourues, mais aussi le nombre d’accélérations réalisées durant une série. Des données complémentaires à l’œil humain selon Nicolas Castel : « Ces outils font la différence dans le sens où ils permettent de valider l’œil de l’entraîneur. Mais je crois que rien ne viendra, le remplacer. »

Au rugby, la récolte de données est depuis quelques années incontournable. Au Stade Toulousain, même l’humeur ou la fatigue des joueuses sont analysées quotidiennement. Pour Anthony Granja, leur entraîneur, ces analyses ne sont pas là pour surveiller les rugbywomen.

« On sait qu’une joueuse pour qu’elle soit performante, il faut qu’elle soit bien dans sa tête. Si elle est bien dans sa tête, son corps et sa vie perso, sur le terrain, elle va être forte. »

Anthony Granja

Pour le coach toulousain , le but est d’utiliser les données enregistrées en match pour adapter les séances d’entraînement.  « Notre moteur dans la collecte de données est d’avoir une quantification du nombre d’impacts, de la distance parcourue .… Parce que si la joueuse  fait plus de 20 sprints à 22 km/h le week-end , et qu’à l’entraînement elle en fait moins de 20 sprints à 15 km/h, on ne prépare pas la joueuse à ce qu’elle va vivre en match. Donc à un moment donné, on se trompe. »

Ces outils numériques ont modifié la façon d’entraîner les sportifs de haut niveau. Mais tous les sports ne sont pas sur un pied d’égalité. La performance demande aujourd’hui un budget, dont tous les clubs sportifs ne disposent pas. Un budget qu’il faut donc bien anticiper pour l’entraîneur du TOEC. « Il faut être sûr qu’on puisse les utiliser assez facilement au quotidien parce que les outils ne remplacent pas la performance. Il ne faut pas que celle-ci tourne autour de l’outil. »

« Il y a un poids en moins au niveau des exigences »

Au-delà du coup financier, un coup psychologique existe également. Ces outils placent la barre de l’excellence toujours plus haute. « L’exigence du haut niveau, c’est le haut niveau d’exigence » justifie Geoffrey Renard. «­Il faut être pointilleux partout : sur la nourriture, le sommeil ou encore la récupération.­ »

Ces sacrifices Léandre Narbonne a décidé d’y mettre fin cette année. Joueur de rugby à XIII au Albi Rugby League et passé par le CREPS de Toulouse pendant 4 ans, il a arrêté le haut niveau en franchissant le cap des études supérieures. Une pause bénéfique pour sa tête et son corps. « Ce n’est pas un poids d’aller au rugby, mais il y a un poids en moins au niveau des exigences sportives, diététiques… »

« On peut se permettre plus de choses quand on n’est pas sportif : sortir, voir plus ses potes. Ça fait du bien au niveau du corps de se dire, si un soir je sors avec des potes, je ne vais pas le regretter le lendemain parce que j’ai entraînement. »

Léandre Narbonne

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Nicolas Castel privilégie avant tout le dialogue avec ses nageurs. 

Photo : Manon Pellieux

Léandre Narbonne espère rejouer au haut niveau l’année prochaine si son emploi du temps le lui permet. 

Photo : Manon Pellieux

Malgré tout, le jeune rugbyman tient à se maintenir en forme. Le goût de l’effort ne l’a pas quitté. Mais le poids de la performance s’est envolé. « Je sais que je ne vais pas être jugé sur ma performance. Parce que je n’ai plus de performance à devoir à personne. Je le fais pour moi et moi tout seul en fait. »

Manon Pellieux et Tara Britton

 

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