Ces applis de sport qui donnent la cadence

Les applications de sport attirent de plus en plus, notamment des jeunes entre 25 et 34 ans. Seuls chez eux, ils obéissent aux consignes de leur smartphone et enchaînent les exercices. Mais à quels risques ?

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Zoé Kummerlé utilise l’application Strava. Elle connecte sa montre GPS à son portable pour suivre ses entraînements.

Photo : Léane Burtier

 

« 7 minutes de sport par jour », « 30 jours fitness challenge »… Autant de slogans qui donnent envie, et qui font passer le sport pour une activité facile demandant peu d’investissement. C’est ainsi que les applications de sport attirent de plus en plus d’utilisateurs. Encore une fois, le numérique s’immisce dans nos vies, nous poussant toujours plus à la performance sportive. Mais obéir à une voix enregistrée, sans coach pour vérifier nos positions, sans médecin pour nous suivre, n’est-ce pas dangereux pour notre santé ? Les applis de sport ne mèneraient-elles pas finalement à une certaine contre-performance ?

« Un réseau social pour les sportifs » : comparer ses résultats aux autres utilisateurs 

Sur certaines applis, les utilisateurs peuvent voir leurs résultats, mais aussi ceux des autres. Une compétition s’instaure alors entre les sportifs, avec une envie de faire toujours plus, au risque d’en faire trop. C’est ce qu’explique Zoé Kummerlé, triathlète toulousaine de 23 ans qui utilise Strava : « C’est un peu comme un réseau social pour les sportifs, tu peux charger tes activités dessus. » Une fois les résultats sur l’appli, l’utilisateur peut se comparer à d’autres sportifs qui ont fait le même parcours, et voir s’il a battu des records ou non. « J’ai beaucoup d’amis dans le milieu du triathlon qui, notamment sur les sorties vélo, font un peu n’importe quoi. Sur certains segments, ils vont partir à fond pour gagner le record au risque de se blesser. » Un réseau social pouvant donc être dangereux pour les sportifs. 

Dangereux, et addictif. « J’ai besoin d’avoir mes activités enregistrées sur mon téléphone et que les autres puissent les voir. En plus, sur le segment que tu fais, ça te met si tu as battu un record ou si tu as fait un temps pour toi qui est le meilleur » confie Zoé Kummerlé. De quoi pousser à faire toujours plus. La jeune sportive parvient toutefois à prendre du recul par rapport à l’application. Ce qui n’est pas le cas de tous ses amis. « Je n’ai pas envie de perdre trop de temps à analyser mes performances. Il faut juste savoir prendre des distances. »

 

Kinésithérapeute

Nicolas Santi, kinésithérapeute toulousain, estime peu probable de se blesser avec une application sportive.

Photo : Zoé Daval

Cet avis est partagé par Nicolas Santi, kinésithérapeuthe du sport à Toulouse : « Avec une appli, même si elle te dit ‘bon aujourd’hui tu n’en as pas trop fait’, tu coupes les notifications et c’est réglé ! » sourit-il.

Prendre des distances aussi par rapport à l’image que renvoient ces applications. Car Strava ne reflète pas forcément l’exacte réalité, selon Zoé Kummerlé.

« Par exemple, si je vais m’arrêter un moment pour aller aux toilettes, faire mon lacet et que je ne pense pas à arrêter ma montre, je vais me dire ‘ah ma moyenne va baisser’, je ne vais pas faire le temps que je veux et les gens vont le voir ensuite sur le réseau ! Il faut se demander si ça reflète vraiment tes performances. »

Zoé Kummerlé

Autre question que ces applis de sport posent, celle de nos données personnelles. Sur l’application Garmin connectée à sa montre, Zoé Kummerlé a dû renseigner son poids, son nombre d’heures de sommeil, le nombre de litres d’eau qu’elle boit… Autant d’informations que l’application enregistre, et dont on ne sait pas très bien ce qu’elles deviennent.

Vitesse de course détectée par la montre. Connectée à l’application sur le portable, elle analyse ensuite ses rythmes d’entraînements.

Photo : Léane Burtier

« Plutôt que mal faire seul, il vaut mieux faire avec ce genre d’applications »

Mais les applis de sport n’ont pas tout faux. « Plutôt que mal faire seul, il vaut mieux faire avec ce genre d’applications. » Tel est l’adage du kiné Nicolas Santi. Selon lui, ces applis sont une bonne alternative à la présence d’un professionnel, et peuvent être pratiques pour les débutants. Pour lui, ces applis se révèlent dangereuses uniquement si elles n’ont pas été développées par des professionnels. Elles le sont aussi si le profil de l’utilisateur n’est pas en adéquation avec les programmes proposés et qu’il n’est pas habitué à ce genre d’exercices. « Mais à mon sens, elles ont été développées par des gens qui s’y connaissent, par des passionnés » affirme-t-il.

La pratique du sport des Français

C’est également ce qu’explique Kirsty Hood, directrice des opérations de FizzUp, l’appli de fitness la plus utilisée de France : « Nous avons des programmes qui peuvent convenir à des personnes plutôt sédentaires, mais également à des personnes ayant déjà un bon niveau sportif, du fait que l’application s’adapte au niveau de la personne. » L’application fondée par Julien Lavault, athlète de haut niveau, bénéficie en effet des connaissances d’un coach en interne pour élaborer les programmes.

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Des moins de 35 ans utilisent une appli pour faire du sport

Les applications sportives attirent beaucoup de monde, surtout les jeunes, car elles sont souvent gratuites. C’est ce qui a séduit Elisa Toinard, étudiante de 21 ans. Elle a commencé à utiliser FizzUp et Freeletics à 17 ans : « Ça nous donne un plan d’entraînement, c’est assez rapide, ça me prenait environ 30 minutes par jour. Je pouvais faire ça à la maison et c’était gratuit. Pratique quand on a 17 ans et pas beaucoup d’argent ! » admet-elle.

Ces applications lui donnaient un cadre, avec des pauses chronométrées, et lui permettaient des entraînements plus intenses que si elle se laissait aller à ses propres envies et motivations.
Elisa ne s’est jamais blessée, et n’a pas ressenti une certaine injonction à la performance : 

« Ça ne m’a jamais poussé à trop en faire. Et ce sont des mouvements au poids de corps [sans charge ndlr] donc on ne risque pas grand chose, je ne trouve pas les exercices dangereux. »

Elisa Toinard

Des applications sûres donc ?
Pourtant, après quelques années d’utilisation, Elisa a arrêté de les utiliser. Principalement pour une raison financière : « C’était gratuit mais il y avait très peu d’entraînements, il fallait payer pour en avoir plus », contrairement à ce qu’annonce Kirsty Hood pour FizzUp. La directrice des opérations assure qu’une grande partie des exercices est gratuite, selon le modèle freemium proposé par l’appli [services gratuits avec des services complémentaires plus évolués payants ndlr].
Ensuite, Elisa a regretté une voix assez robotique, des exercices redondants, et surtout une difficulté à se motiver et à s’entraîner toute seule chez elle. Elle a donc abandonné ces applis qui l’isolaient chez elle, pour retrouver un groupe en s’orientant vers des cours de yoga.

FizzUp, Application d’entraînement sportif, centrée autour du bien-être. Créée en 2011, l’application est conçue par Julien Lavault. Ancien sportif de haut niveau de hockey sur glace, son idée est d’allier études et sport. Le but : pouvoir faire du sport et se maintenir en forme en moins de 20 minutes par jour. Fizzup est aujourd’hui l’application de fitness la plus téléchargée de France et compte environ cinq millions d’utilisateurs dans le monde.
Il y a deux types d’entraînements : des entraînements basés autour d’un thème et d’un objectif (perte de poids, musculation, mise en forme) et des entraînements basés autour d’un équipement (haltères, barre de musculation, barre de traction).
Tous les programmes sont vérifiés par un coach en interne agréé.
L’application fonctionne selon un modèle Freemium. Une partie est gratuite et donne accès à des exercices basiques. Si l’on souhaite davantage de contenu, il faut souscrire à un abonnement payant.

Léane Burtier et Zoé Daval

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