Hors connexion, ils refusent les réseaux sociaux

59% des internautes français utilisent les réseaux sociaux, mais certains n’entendent pas vivre aussi connectés. Trop superficiels, trop envahissants, la chasse aux likes… Ils ont moins de 30 ans et refusent Facebook, Twitter ou encore Instagram.

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Certaines personnes refusent les réseaux sociaux, elles ne recherchent pas l’approbation de l’autre.

Photo : Marie Toulgoat

« Je me sens agressée par l’instantanéité des gens qui étalent leur vie quand on ne leur a rien demandé. C’est une sollicitation permanente qui ne nous laisse pas le temps de respirer, de vivre en fait. » Margot Biard, 29 ans et guide conférencière à Paris, utilise SMS, mails ou Whatsapp pour communiquer. Facebook, elle a bien essayé, mais très peu pour elle :

« Je n’ai jamais aimé être sur Facebook donc je m’étais inscrite pour faire plaisir à des amis. Je ne me retrouvais pas là-dedans. Le côté superficialité des relations ne me convenait pas. »

Ce jeu sur les apparences revient souvent comme raison principale pour refuser les réseaux sociaux. Il est en effet ressenti également par Benjamin Pellieux, 25 ans, agent comptable à Rodez. Ce jeune homme utilise Whatsapp et les SMS pour communiquer avec ses amis. Il regrette la course aux likes sur les réseaux : « Je trouve ça triste parce qu’au final ce sont des gens qui cliquent. Leur cercle d’amis virtuels n’est pas forcément leurs amis proches donc quel est l’intérêt ? Pour moi c’est juste flatter son ego, des personnes quelque peu névrosées et angoissées d’avoir énormément de likes et de personnes qui les suivent. »

Pour Geert Lovink, directeur de l’Institute of Network Cultures, les réseaux sociaux exigent de nous « un spectacle sans fin », une mise en scène, qui peut pencher vers une vie véritablement superficielle. C’est à cela qu’essaie d’échapper Benjamin Pellieux:

« Je ne dirais pas que j’ai l’impression de gagner du temps, j’ai l’impression de vivre tout simplement ». 

Il prend du recul par rapport à cet aspect des réseaux sociaux. Indifférent du regard de autres, il ne ressent pas le besoin d’avoir une image conforme aux autres.

Réseaux sociaux, à consommer avec modération

Les réseaux sociaux pousseraient à avoir une autre vie, une vie acceptable aux yeux des autres. Nancy Rodriguez, psychologue, explique que ces outils numériques sont importants dans la socialisation des adolescents. Dans ce processus, les jeunes doivent apprendre des normes et des valeurs. À travers les réseaux sociaux, ils cherchent l’approbation de l’autre. « On veut vérifier qu’on est une bonne personne » appuie la psychologue.

Selon la spécialiste, les réseaux sociaux produisent un autre phénomène : « La peur de manquer quelque chose joue sur la fréquence d’utilisation, surtout à l’adolescence. C’est plutôt la peur de manquer une information de l’autre, surtout ceux qu’on apprécie. »

Ce syndrome du 21ème siècle, appelé aussi Fear of missing out (FOMO) en anglais, Benjamin Pellieux ne le subit pas. « Je ne manque rien, il y en a toujours un pour me faire un topo de ce qui s’est dit » commente l’Albigeois. Pour le jeune comptable, les SMS suffisent à ne pas être le vilain petit canard du groupe.

#asociaux ?

Pour la Génération Y (personnes nées entre 1980 et 1999), ou les millenials, vivre sans réseaux sociaux, c’est faire exception à la règle. Benjamin Pellieux en a fait les frais : « J’ai reçu énormément de remarques, les gens trouvent ça bizarre, on n’est pas dans la norme. » Il justifie son choix en mettant en avant une conviction personnelle.

Margot Biard, elle, ne souffre pas vraiment de cette décision. Elle fréquente d’autres personnes dans le même cas. « Dans mon entourage, il n’y a rien de choquant, on ne me le reproche pas » explique la Lyonnaise d’origine. Jusqu’il y a quelques mois, elle n’avait pas de smartphone. « Là, je passais pour une hurluberlu » poursuit-elle. Rien d’étonnant : Statista montre qu’en 2019, près de 80% des utilisateurs français de portables sont équipés de smartphones. Une utilisation excessive de ces outils numériques s’accompagne d’une récupération des données massives.

Combien d’internautes utilisent les réseaux sociaux?

Pour vivre heureux, vivons cachés

Refuser les réseaux sociaux, c’est aussi protéger sa vie privée. Sur Facebook et les autres plateformes, Benjamin Pellieux se sent tracé. « Je n’ai pas envie que les gens sachent où je suis, ce que je fais, ce que je mange. »

Margot Biard a aussi conscience de cet aspect des réseaux : «Les informations qu’on met peuvent être ré-utilisées par des tierces personnes plus ou moins bien intentionnées. »

Assurances, publicitaires, employeurs… tous peuvent en effet récupérer nos données personnelles et les réutiliser.

Léane Burtier et Eva Sannino

 

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