Yuka : les Français craquent pour la carotte

Excellent, bon, mauvais, médiocre : en moins de deux ans, Yuka a révolutionné la manière de faire ses courses pour de nombreux Français. Plus de 12 millions de personnes ont téléchargé l’application depuis sa création en janvier 2017. L’idée est simple : permettre aux consommateurs de scanner des produits pour toujours mieux manger et bien choisir ses produits.

Temps de lecture estimé : 6 minutes

L’application Yuka est maintenant omniprésente dans les rayons.

Photo : Thomas Prongué

« Beaucoup de patients m’en parlent en consultation », témoigne la nutritionniste Marie Provins à Toulouse. « C’est une application vraiment claire, gratuite. Cela simplifie la nutrition rapidement donc ça peut être bien. » La greffe a tellement bien pris qu’elle a provoqué une réaction des distributeurs. Intermarché modifie actuellement 900 de ses recettes pour obtenir de meilleurs scores nutritifs. Le groupe fait la chasse aux additifs, en espérant finaliser ses nouvelles recettes d’ici la fin de l’année 2020.

Une prise de conscience qui traduit un enjeu réel pour les industriels. L’impact de Yuka est révélateur puisque 94% des utilisateurs ont arrêté d’acheter certains produits (voir encadré ci-contre). Exit les moins bien notés, place à ceux dont la composition donne davantage confiance. 83% des utilisateurs achètent moins, mais de meilleure qualité. C’est le cas de Clara Dumaz, étudiante toulousaine, qui a remplacé nombre de ces produits consommés au quotidien.

L’application a réalisé une étude pour laquelle les témoignages de  230 000 utilisateurs et 21 groupes industriels ont été recueillis.  

« Je scanne aussi bien les produits alimentaires que des cosmétiques » détaille la jeune femme. D’où l’importance pour les industriels de s’adapter et d’intégrer cette application dans leur équation. Vendre des produits de meilleure qualité, c’est s’adapter aux considérations des clients et donc augmenter la probabilité que les consommateurs remplissent leur chariots.

« Les industriels ont pris conscience que les Français réclament plus de transparence »

Suppression d’additifs controversés, réduction du taux de sel ou de sucre… Ophélia Bierschwale, chargée des relations presse de Yuka, se félicite de voir industriels et marques adopter de telles mesures, à l’image d’Intermarché. « Nous sommes ravis de constater cette volonté d’amélioration de la part d’un acteur majeur de l’industrie alimentaire française, explique-t-elle. La mission de Yuka est avant tout d’aider nos utilisateurs à déchiffrer les étiquettes pour qu’ils puissent consommer de manière plus éclairée. Mais nous souhaitons également pousser les industriels à proposer une meilleure offre de produits et c’est ce qui est en train de se passer aujourd’hui. Les industriels ont pris conscience que les Français réclament plus de transparence et surtout des produits plus sains, et ils sont dans une démarche généralement constructive. »

Certaines marques sont entrées en contact avec Yuka dès 2018 afin de comprendre le fonctionnement de l’application. L’application autorise même les industriels à effectuer des tests pour connaître la note des produits en cours d’élaboration, comme l’indique Ophélia Bierschwale : « Nous sommes ouverts à l’échange pour pouvoir inciter les industriels à améliorer leurs offres de produits et à faire preuve de plus de transparence envers les consommateurs. Ceux qui le souhaitent peuvent nous envoyer leurs données de manière totalement gratuite et automatisée via une plateforme. Mais nous contrôlons de près le transfert de ces données provenant des marques. »

Intermarché n’est pas le seul groupe à avoir engagé une réflexion grâce à Yuka. Gwenaëlle Fuzellier, directrice Recherche et Développement chez Björg, affirme ainsi que l’entreprise a « affiné [ses] seuils de sucres à la baisse et [sa] blacklist d’additifs ». Une nécessité pour l’ensemble des distributeurs. De même, Mathilde Thomas, fondatrice de l’entreprise de cosmétiques Caudalie, explique : « Nous sommes passés de 65% de références vertes sur Yuka à 80% en 1 an. Notre objectif est que tout soit vert sur Yuka en 2021. »

« Toutes ces applications créent un côté addictif »

Marie Provins tient néanmoins à tempérer. Si l’application permet de faire bouger les choses, la nutritionniste estime qu’il ne faut pas s’y fier aveuglément. Principal défaut selon elle : le manque de précision autour des produits scannés. « Il manque des informations sur la composition nutritionnelle des produits. Ça ne rentre pas dans le détail. Dans les valeurs nutritionnelles par exemple, ça ne précise pas la nature des sucres. On zappe aussi tout ce qui est vitamines et minéraux », regrette la professionnelle. Et d’ajouter : « Les apports caloriques ne sont pas du tout évalués par rapport aux quantités consommées. C’est indiqué pour 100 grammes de produit et pas pour la consommation que vous en faites. Par exemple pour les graines oléagineuses comme le sésame, ils attribuent une mauvaise note alors que si vous n’en consommez que 15 à 30 grammes par jour, il y a du bénéfice. »

Au-delà de la qualité de l’information mise à la disposition des consommateurs, Yuka traduit un souci de la performance omniprésent dans notre société. Ce qui peut cependant provoquer certaines difficultés. « Toutes ces applications créent un côté addictif, donc c’est à limiter, indique Marie Provins. J’ai eu le cas d’une patiente qui ne s’attachait qu’à ce genre d’applications et ça a engendré beaucoup d’anxiété chez elle. Elle a été concernée par un trouble du comportement alimentaire, l’orthorexie, qui se caractérise par le fait de bien manger tout le temps, de tout contrôler et de ne pas s’accorder le moindre écart. Dès qu’on a des patients qui présentent de tels problèmes, ça relève de l’ordre psychologique et ça devient plus compliqué à gérer. »

Reste que 84% des utilisateurs de l’application sont convaincus que Yuka peut avoir plus d’impact que les pouvoirs publics pour faire changer les choses. Jusqu’à présent, les faits semblent leur donner raison. Dans cette lignée, Intermarché a récemment créé son Franco-Score afin d’apporter davantage d’informations aux consommateurs pour ce qui est de la provenance des produits mis en vente. Plus de transparence pour mieux consommer, le ton est donné.

Quentin Ballue et Thomas Prongué

 

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