Drive : performants jusque dans nos frigos

Dans une société toujours plus axée sur l’efficacité, de nombreux Français cherchent à gagner du temps dans tous les domaines de leur vie, y compris quand ils font leurs courses. D’où le succès du drive.

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Les drives de supermarchés attirent de plus en plus en France.

Photo : Manon Pellieux

Efficace et rapide, c’est le drive qu’ils préfèrent ! Plus d’un quart de la population française utilise ce service pour faire ses courses – 26,7% selon une étude du cabinet Nielsen. Fini de slalomer entre les rayons et d’attendre aux caisses des supermarchés, le drive offre un service qui s’adapte aux contraintes des clients. « Vu que je travaille en libéral, je fais beaucoup d’heures, je fais entre 50 et 55 heures par semaine, donc pas énormément de temps pour aller faire les courses », explique Alexandre, masseur-kinésithérapeute, adepte du drive depuis deux ans. Sans bouger de chez eux, simplement munis d’un téléphone portable, d’une tablette ou d’un ordinateur, ils peuvent comparer et sélectionner les produits qui les intéressent, consulter les offres promotionnelles, définir le jour et l’heure de retrait, avant d’aller récupérer leurs courses au moment convenu. Alexandre souligne : « [En allant] sur mon ordinateur, même dans mon lit avant de me coucher, je peux prendre ma commande et le lendemain, je vais chercher les courses en cinq minutes. »

Le système séduit de plus en plus et le nombre de drives augmente chaque année : l’Hexagone en compte 5113 cette année d’après le cabinet Nielsen, contre 4421 en 2018. Le chiffre d’affaires du drive a d’ailleurs augmenté de 6,6% par rapport à l’année dernière en France. En quelques clics, les clients peuvent passer commande sur le site internet ou l’application de leur supermarché.

Convaincu par le gain de temps offert par ce système, Alexandre y voit également un avantage financier : « C’est indiqué directement combien est-ce que les courses vont nous coûter. Si à la fin des courses on voit que c’est un petit peu trop cher, on peut retirer le produit plus facilement que si on fait les courses en magasin. » Son temps est d’autant plus optimisé que les applications et sites dédiés au drive sont pensés dans cette optique : « Il y a une petite colonne où c’est marqué « produits habituels ». Tous les produits que j’ai déjà achetés vont être répertoriés, ça me permet de prendre assez rapidement ce dont j’ai besoin. »

« Sur le marché, on peut discuter. Dans les grandes surfaces, vous n’avez personne »

Un souci d’efficacité et d’optimisation de son temps qui n’est pas partagé par tous. À l’opposé, un certain nombre de Français se rendent chaque semaine sur le marché. Un lieu de sociabilité et de rencontre plébiscité par beaucoup pour son ambiance conviviale et la proximité qu’il permet avec les commerçants.

Le baromètre 2018 de Shoppermind, l’observatoire de tendances du commerce du Groupe Altavia, met en évidence que le marché représente un endroit où ils passent « un bon moment » pour 72% des clients. Ils sont 68% à faire du marché la forme de commerce qui partage le plus leurs valeurs et 62% à s’y sentir respectés. « Je ne sais pas faire mes courses ailleurs, confie Nicole, qui fréquente le marché Cristal de Toulouse depuis plus de 40 ans. Là au moins, on peut interroger le marchand, on peut discuter. Dans les grandes surfaces, vous n’avez personne. »

Autre habitué, Alain souligne la convivialité de ce rendez-vous : « Convivialité, c’est le mot. On se voit vieillir ensemble. J’y rencontre des amis, il y a tout un fait relationnel qui se crée. » Olivier abonde dans le même sens : « Ça permet de garder un contact humain. […] À une certaine époque il y avait une autre ambiance, un autre contact entre les individus. Maintenant, s’il n’y a plus cet aspect là, ça va devenir robotisé. »

L’enquête Que Choisir réalisée en 2018 révèle que les produits alimentaires coûtent en moyenne 17% plus cher sur le marché qu’au supermarché. Le marché ne fait donc pas forcément faire des économies d’argent ou de temps, mais propose autre chose. Un lieu de vie, d’échange, de partage, de chaleur et d’odeurs, aux antipodes du drive, archétype de la froideur du commerce moderne, de l’individualisme exacerbé dans nos sociétés tournées vers l’efficacité et la performance. Et avec ceci ? Ce sera tout !

Quentin Ballue et Eva Sannino

 

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